1) Comment la recherche peut-elle améliorer l'élevage ?

      Les chercheurs de l'INRA apportent énormément aux aviculteurs, en les aidant à améliorer le rendement ainsi que la qualité de la chair et des œufs.  Les éleveurs désirent posséder l'animal le plus performant et surtout le plus résistant possible. Les nombreuses attentes des consommateurs font de la poule un produit standardisé.

a. La poule la plus performante 

     Les Français consomment principalement des oeufs bruns, pondus par des poules rousses. Ce sont des "souches commerciales" : la plus utilisée est la Isabrown, de l'entreprise Hendrix genetics, mais on peut également trouver des poules Novabrown de Novogen. Ces poules peuvent être élevées en bâtiment ou en extérieur, elles sont rustiques.

Isabrown (Wikimédia)
Isabrown (Wikimédia)

     Pour la viande de chair, les souches sont plus diversifiées, et on utilise des poussins issus d'un croisement terminal : la souche de la poule est différente de celle du coq. En bâtiment, on utilise des croisements à croissance rapide (2kg en 35 jours), comme COB 500 de Cobb-Vantress ou Ross PM3 de la société Aviagen. Les poules sont blanches mais cela n'a aucune importance pour le consommateur.

     La sélection intensive a permis d’obtenir des poules très performantes en matière de production.  Les élevages de volailles sont exploités pour la production de viande et d'œufs destinés à nourrir l'homme. Depuis environ 60 ans, une sélection intensive est conduite sur les animaux d’élevage, basée essentiellement sur des caractères de production. Cette sélection intensive a abouti à une augmentation considérable des niveaux de production, mais également à une spécialisation des populations par type de production pour certaines espèces (chair du poulet ou œufs). Chez les poulets de chair, on trouve des races légères et des races lourdes. On ne choisira pas la même race selon que l’on veuille des carcasses ou des filets.

L’évolution du poids d’une poule de chair au cours du temps (M.Gaurichon)
L’évolution du poids d’une poule de chair au cours du temps (M.Gaurichon)

L’un des objectifs de la sélection est une poule bien grasse dont le poids augmente rapidement. En 1978 une poule âgée de 56 jours pesait 1.808 g,  alors qu'en 2005 elle pèse 4.202g.

Rationnement du coq X44N (M. Gaurichon)
Rationnement du coq X44N (M. Gaurichon)

     De plus, l’efficacité alimentaire d’une poule est très importante pour un aviculteur. A l’âge de 25 semaines, une poule de chair, autrement dit un poulet sélectionné sous des critères de production, comme le coq X44N ne consommera pas plus de 140 g par jour mais continuera sa croissance.

La sélection chez la poule pondeuse est un peu différente. Au départ, les poules qui pondaient le plus d’œufs, étaient sélectionnées afin d'augmenter la production. Aujourd’hui, l’efficacité alimentaire est aussi recherchée.

Les niveaux de production ont augmenté de plus de 80%. En 1955, une poule pondait 160 œufs par an, tandis qu’en 1995, 282 œufs. Aujourd’hui la moyenne est de 300 œufs par poule.

Entre 1960 et 2001, l’efficacité alimentaire a augmenté de 30%, c’est-à-dire de 2,95 g.aliment/g.œuf à 2,01 g.aliment/ g.œuf.

Une quantité d'oeufs importante (pixabay)
Une quantité d'oeufs importante (pixabay)

     Les poules mangent de moins en moins alors qu’elles produisent de plus en plus, quel que soit le domaine de production : œuf ou viande. En effet, l’alimentation joue un rôle très important dans le rendement.

Certaines recherches scientifiques de l’INRA permettent l'amélioration du rendement et l'augmentation de la production. Ils innovent en sélection animale.

"L'INRA propose un concept innovant qui apporte d’importants bénéfices à la filière avicole. Deux aliments sont fournis aux poules au lieu d’un, un aliment riche en protéine et un second apportant l’énergie nécessaire. Les conséquences sont bénéfiques pour augmenter le rendement. L’amélioration des performances des poules est donc rendue possible par une bonne digestion des aliments. En effet, un poulet qui digère bien est un poulet qui a besoin de moins manger pour grandir au même rythme." selon l'INRA.

 


b. La poule la plus résistante

  • Résistante à la chaleur :

La température élevée du corps d’une poule peut provoquer la perte d’appétit et engendrer une diminution de croissance. Un poulet résistant à la chaleur est donc un atout pour l’augmentation du rendement.

Les chercheurs de l’INRA ont découvert que lorsque des œufs ont subi des hausses cycliques de température durant l’incubation, les poulets résistent mieux aux fortes températures en élevage. Ces augmentations de température réalisées très précocement provoquent des modifications profondes et durables dans l’organisme de l’oiseau.

Il faut savoir que le manteau de plumes d’un poulet ne permet pas d’évacuer facilement la chaleur du corps. Les chercheurs de l’INRA étudient alors deux gènes existant dans la nature : appelés "cou nu" et "frisé" qui affectent le niveau et la qualité d'emplumement. Le premier gène dénude le cou des poulets. Leur aspect n’est peut-être pas des plus esthétiques, mais il leur permet de mieux résister à la chaleur. Le deuxième, le gène frisé, offre aux poulets des plumes recourbées qui favorisent la circulation de l’air.

Cou nu du Forez (Wikimédia)
Cou nu du Forez (Wikimédia)
  • Résistante aux maladies affectant la poule :

La résistance de la poule aux maladies est un atout pour augmenter la production. Comme tout être vivant, les poules doivent faire face aux agressions de bactéries, virus ou autres parasites. A l’INRA, les chercheurs apprennent alors à mieux connaître et soigner ces maladies qui peuvent décimer toute une population.  

Bronchite infectieuse, maladie de Newcastle (la peste aviaire) et surtout grippe aviaire sont quelques virus connus qui s’attaquent aux volailles. Les progrès dans le séquençage des génomes permettent actuellement de dénicher et d’identifier plus facilement ces agents pathogènes.  

Elevage de poules "cobayes" de l'INRA (Armelle)
Elevage de poules "cobayes" de l'INRA (Armelle)

-La maladie de Marek

Elle est très répandue dans le monde, très contagieuse, et peut décimer toute une population de poules. Elle est provoquée par un herpès virus qui va engendrer plusieurs apparitions de tumeurs qui se fixent à de multiples endroits du corps de l'animal dès son plus jeune âge. Cette maladie provoque la paralysie des pattes (la plupart du temps en grand écart), du cou, parfois des ailes, ou de la pupille selon la position des tumeurs. Si les tumeurs ne sont pas soignées, elles peuvent progresser jusqu'à l'âge de 8 mois. La vaccination contre la maladie de Marek doit être précoce, aux premiers jours de la vie. Le vaccin protégera et évitera la fixation de tumeurs dans l'organisme. Certains accouveurs pratiquent un protocole de vaccination dans l’œuf. La maladie de Marek n'est pas transmissible à l'homme.

 -La coccidiose

C'est une  maladie courante provenant d'un parasite. Elle est bien connue des éleveurs car elle peut diminuer la production d’œuf. Elle se caractérise par une anémie chronique qui provoque des diarrhées, la dégradation de l'état général, une attitude abattue et une soif intense. Les poussins atteints peuvent en mourir. La coccidiose se développe souvent à cause d'un manque d'aération ou de propreté du bâtiment. Elle peut également être due au changement de nourriture. Les antibiotiques réduisent la mortalité si la maladie est traitée à temps. Parfois les éleveurs utilisent des anticoccidiens. Les chimistes et biologistes de l'INRA tentent d'obtenir des populations plus résistante à la maladie pour éviter l'utilisation de ses additifs chimiques dans l'alimentation de la poule.

  • Résistante aux zoonoses

Malheureusement pour nous, il existe des cas où les maladies infectieuses atteignant les animaux se transmettent à l'homme. Ce sont des zoonoses. Une très bonne hygiène sanitaire et alimentaire est alors indispensable pour consommer la poule et les œufs en toute quiétude.

L'INRA s'est fixé un objectif important : le contrôle de la dissémination dans l'environnement, en évitant la propagation de maladies graves et transmissibles à l’homme. La vaccination est utilisée pour vaincre les virus, tandis que le seul moyen de lutter contre les maladies bactériennes est l’utilisation d'antibiotiques.

-La grippe aviaire 

605. C'est le nombre de cas d’infection humaine par le virus A(H5N1) entre 2003 et fin 2012 (dont 356 décès) déclarés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de 15 pays d’Asie du Sud-Est et d’Asie centrale, d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. La majorité sont survenus en milieu rural, dans des endroits associés à des contacts étroits avec des volailles contaminées, vivantes ou mortes. La grippe aviaire est donc un vrai problème pour l'homme, mais pas seulement, elle perturbe également le marché de la volaille. En effet, on observe une baisse de la consommation des importations et une augmentation des prix. 

Cette année  aux États-Unis, plus de de 40 millions de poules et autres volailles ont été éliminées à la suite de cette épidémie, qui provient sans doute de canards et d'oies sauvages.

Pour réduire ce fléaux, des scientifiques ont réussi à élaborer un vaccin pour les volailles. Cependant la France interdit de vacciner les volailles contre les virus de la grippe aviaire car un vaccin rendrait silencieuse l’avancée d’une épidémie. Dans ce cas très spécial où le virus est une menace potentielle pour l’humain, on préfère pouvoir identifier très rapidement l’apparition des premiers foyers et les détruire au plus vite, par l’abattage des troupeaux infectés.

Les laboratoires cherchent toujours des vaccins efficaces pour l'homme, car les virus de la grippe aviaire sont en perpétuelle mutation. 

L’infection humaine à virus de la grippe aviaire hautement pathogène A(H5N1) résulte de la transmission du virus de l’oiseau à l’homme (restonsenforme.com) Cliquer pour agrandir l'image
L’infection humaine à virus de la grippe aviaire hautement pathogène A(H5N1) résulte de la transmission du virus de l’oiseau à l’homme (restonsenforme.com) Cliquer pour agrandir l'image

-Salmonella Enteritidis 

Au cours des deux dernières décennies, Salmonella Enteritidis est devenue l’une des principales causes d’infections humaines, qui ont pour origine des œufs ou de la viande de poulet. Cette maladie attaque le tissu ovarien des poules dans lequel se déroule la formation des œufs. La bactérie est invisible car la coquille est intacte. La peau et la chair des carcasses sont souvent contaminées par le pathogène pendant l’abattage et la transformation. Les chercheurs de l’INRA sélectionnent des poulets capables d’éliminer la salmonelle rapidement et identifient les régions du génome afin de renforcer les mécanismes d’élimination des salmonelles.

Salmonella bactérie (Wikipedia)
Salmonella bactérie (Wikipedia)

-L’Escherichia coli

C'est une bactérie, qui colonise l’intestin des poulets mais aussi celui des hommes. Chez les volailles, lorsqu’une souche pathogène se développe et migre de l’intestin, vers d’autres organes, le colibacillose se déclare. Pour les éleveurs, cette pathologie représente une diminution des œufs pondus et des œufs éclos, une baisse de la croissance chez les poulets, des carcasses qui ne peuvent être valorisées, des dépenses supplémentaires pour les traitements et enfin, une mortalité accrue dans leurs troupeaux. Pour diminuer le risque sanitaire dans un élevage et mieux adapter la réponse thérapeutique à une infection, les chercheurs de l’INRA ont développé une méthode qui reconnaît 75% des souches pathogènes présentes dans les élevages européens. Dans la plupart des cas, L’Echerichia coli est transmissible à l’homme ce qui entraîne des troubles intestinaux et des diarrhées. Heureusement Escherichia Coli est habituellement bien sensible aux antibiotiques, qui guérissent l'infection.

 

      L’INRA protège les animaux contre les maladies infectieuses afin qu’ils soient sains pour l’alimentation humaine. Les scientifiques améliorent le confort des éleveurs de volailles qui gagnent leur vie sans avoir à se soucier d’animaux malades. 


c. La poule et l’œuf, produits standardisés

  •  La poule :

Au fil des années, les chercheurs ont sélectionné des poules modèles selon plusieurs critères génétiques. Elles sont ensuite reproduites à grande échelle. Aujourd’hui dans les élevages, la poule respecte un standard, elle est "normalisée" selon le pays où elle se trouve.

 Afin de faciliter le travail des éleveurs, il existe des souches autosexables permettant de différencier les mâles des femelles. Sachant qu’il existe une probabilité égale d'obtenir un mâle ou une femelle, de nombreux scientifiques cherchent à augmenter les souches femelles.

(aviculture85)
(aviculture85)

Dans des couvoirs spécifiques les éleveurs de poussins obtiennent principalement des mâles jaunes et des femelles brunes. Les poussins mâles, quant à eux, sont souvent utilisés pour l'alimentation carnée.

  • L’œuf :

Lors de la consommation d’œufs, la qualité interne et externe de l’œuf est importante.

La couleur des jaunes vient principalement de l'alimentation des poules. Le jaune est plus intense lorsque la poule s'est alimentée de carottes, de maïs rouge ou d'herbe.

Selon les continents, il y a des habitudes de consommations très variées en ce qui concerne le jaune. Les européens préfèrent les jaunes les plus foncés, car se serait signe de bonne santé de la poule. Pour cela les éleveurs ont parfois recours à un ajout supplémentaire de pigments (naturels ou synthétiques). Parmi les piments d’origine naturelle on trouve les pétales de soucis et la farine de maïs. Les pigments synthétiques peuvent être ajoutés à l’aliment. Le canthaxanthin, l’astaxanthin et l’acide caroténoique  β-apo-8 sont les plus fréquents.

 

La couleur du jaune est le plus souvent mesurée à l’aide de l’échelle de Roche qui est une palette de 12 couleurs de référence.

Echelle de Roche (M. Bressac)
Echelle de Roche (M. Bressac)

Le colorant alimentaire du jaune d’œuf est un principe marketing. Dans les Lustucrus par exemple, les œufs contiennent beaucoup de carotène pour obtenir des pâtes jaunes, qui donneront davantage envie aux consommateurs.

La couleur de la coquille ainsi que la détérioration (fêlée, sale, abimée) sont des facteurs importants lors de l’achat des consommateurs.

Sachant que la couleur de la coquille est uniquement un facteur génétique, chaque pays a sa couleur favorite. Aux États-Unis, les œufs sont majoritairement blancs, alors qu'ils sont souvent bruns en France. Les œufs blancs doivent être d’un blanc très pur. Si une légère coloration est visible, les œufs peuvent être rejetés par les consommateurs.

 

Les hommes vont encore plus loin, pour que la productivité s'accroisse :

Aux États-Unis, les éleveurs contrôlent la lumière des bâtiments et parviennent à décaler le cycle de ponte des poules. Une poule "normale" a besoin de 26 heures pour produire un œuf, alors que dans certains élevages, elles pondent un œuf toutes les 20 heures.


     L'homme cherche à produire des poules et des œufs, de façon économique et de la meilleure qualité possible. Pour cela, il est aidé de scientifiques, comme ceux de l'INRA, qui tentent de répondre aux besoins des éleveurs. Ils parviennent à combattre de leur mieux les maladies, et à rendre les œufs et la chair tels que le souhaitent les clients.